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Actif

Nom russe ?

Code OTAN FOXTROTT

Classification soviétique

BPL БПЛ (Grand sous-marin) ou DEPL ДЭПЛ (Sous-marins Diesel électrique)

Classification OTAN SSK

Copyright inconnu

L'élaboration d'un nouveau projet de sous-marin océanique Diesel - électrique a été entreprise dans la seconde moitié des années 50, au moment de remplacer les premiers bâtiments du projet 611. Quoique la propulsion nucléaire ait déjà fait son apparition pour les sous-marins, l'Union Soviétique, à la différence des États-Unis, n'a pas écarté la propulsion classique. Elle considérait que les moteurs électriques de propulsion étaient bien moins bruyants que les turbines des bâtiments à propulsion nucléaire de l'époque.

A l'instar de ses prédécesseurs, ce nouveau projet de sous-marin devait remplir des missions d'attaque des lignes de communications de l'adversaire potentiel, de mouillage de mines, de reconnaissance, de protection de la navigation commerciale soviétique. Il devait posséder une autonomie importante, un grand rayon d'action, une grande profondeur d'immersion, disposer de nouvelles torpilles et mines et offrir des conditions de service et de vie améliorées pour l'équipage.

Ce projet a d'abord fait l'objet de travaux préparatoires menés par le TsKB-18 (futur Rubin). Les études techniques démarrent en octobre 1954, comme un développement du projet 611. Il est inscrit au Programme de développement 1956 - 1965. La vitesse au schnorchel du projet 611 était de 6 noeuds. Pour l'améliorer, il convenait d'accroître la puissance disponible. Le sous-marin B-76 (projet 611, n° de chantier 307) est alors modifié pour tester les diesels en plongée, ainsi que la recharge des batteries et leur ventilation.

Le projet 641 devait présenter en outre apporter les améliorations suivantes:

- amélioration de l'habitabilité

- installation d'un système de conditionnement d'air K-5 qui devait tout aussi bien rafraîchir le bord que le réchauffer, lorsque nécessaire

- installation d'une ventilation spécifique à la soute à vivres

- amélioration des moyens de régénération de l'air

- amélioration de la commande des moteurs Diesel par l'installation d'un panneau de contrôle insonorisé

- installation d'un nouveau sonar, l'Arktika-M, en lieu et place du Tamir, ainsi que de systèmes modernes de transmissions et de détection radar.

- mise en oeuvre des nouvelles torpilles 53-56 et"SET" [SET-53?], tout comme les anciennes 53-51 et 53-39

- manoeuvre en secours des barres de plongée et safran du gouvernail par des moyens électriques, en sus des moyens hydrauliques et manuels

- installation d'un système de contrôle d'immersion"MRAMOR"en lieu et place du stabilisateur"SPRUT", assurant un contrôle automatique de la profondeur d'immersion, tout comme le pilotage en cap, en agissant sur les barres de plongée et le safran.

Les études techniques sont achevées en janvier 1955. En juillet de la même année, le projet reçoit le soutien du Conseil des ministres de l'URSS. En août, alors même que les liasses techniques sont en cours de reproduction, la marine et le ministère des constructions navales décident d'un commun accord d'accroître la profondeur d'immersion par l'emploi de l'acier AK-25, d'une résistance de 60 kg/cm² et par le recours à des équipements adaptés à cette pression. 170 modifications résultant de l'exploitation du projet 611 sont aussi adoptées.

Le projet 641 est élaboré sous la conduite du chef du bureau d'études S.A.Egorov, puis de Z.A.Deribin. La coque est fuselée avec une légère tonture, et une étrave accentuée, inclinée pour améliorer la navigation en surface. Sonar et hydrophones trouvent place à l'avant, les meubles correspondants étant placés en dessous. La 1ère tranche est celle des torpilles, avec 6 tubes permettant un lancement jusqu'à 80 m de profondeur. La 2ème tranche est une tranche vie, avec notamment le carré et sous le plancher la batterie avant, avec des accumulateurs de plus grande capacité. Selon la tradition, la tranche 3 est celle du poste central. La quatrième tranche est aussi une tranche vie, et elle comprend la cuisine et la batterie arrière. La tranche 5 est celle des moteurs Diesel, la 6ème celle des moteurs électriques. La 7ème et dernière tranche, ou tranche arrière, comporte également des tubes lance-torpilles. Le kiosque est relativement haut, et il n'est surmonté que par les périscopes et les antennes. Un carénage à l'arrière de celui-ci englobe les échappements.

L'armement se compose de 6 tubes lance-torpilles à l'avant et 4 à l'arrière (sur le B-156, les tubes avants ont été équipés d'un système de rechargement rapide). La dotation est de 22 torpilles (avec une capacité de filoguidage), pouvant être partiellement ou totalement remplacées par des mines. Les données de tir sont élaborées par la direction de lancement "Leningrad - 641".

Le groupe moto-propulseur intègre trois moteurs Diesel 37D avec turbo-compresseur. La propulsion sous-marine est assurée par les deux moteurs électriques latéraux PG -101 d'une puissance unitaire de 1350 CV et un moteur central PG-102 de 2700 CV. En marche silencieuse, un moteur PG-104 de 140 Cv est accouplé sur la ligne d'arbre centrale, à la place du PG-102. L'ensemble moto-propulseur entraîne trois hélices à pales fixes. [ je n'ai trouvé aucune information technique précise, mais l'hypothèse la plus probable est que les moteurs Diesel entraînent également en surface les lignes d'arbres et les moteurs électriques de propulsion, ces derniers utilisés comme génératrices pour recharger les batteries. Ces sous-marins sont de toute manière soit à propulsion Diesel soit à propulsion électrique. La propulsion tout électrique avec rechargement des batteries par des Diesel générateurs n'arrivera qu'avec le projet 877 et ses successeurs].

Le radar est du modèle «Flag» , le sonar actif est un MG-200 «Arktika-M» . L'intercepteur sonar MG-23M «Svet-M» et l'intercepteur radio-électronique « Nakat» complètent l'ensemble.

Les essais officiels montrent que la vitesse maximale en surface est de 0,28 noeuds supérieure à la vitesse calculée, et de 0,5 noeuds en plongée. Par contre la distance franchissable au schnorchel se révèle inférieure de 800 N. Ces deux données sont la conséquence d'un meilleur rendement de l'hélice et d'un emport plus faible de carburant.

En cours d'exploitation, on relève une série de manques (stabilité transversale insuffisante en situation émergée avec une hauteur métacentrique de 1,18 m, déplacement ne permettant pas d'embarquer des équipements plus lourds). Pour abaisser le centre de gravité, il convenait de transférer le contenu d'un ballast intérieur vers la soute à combustible. Ce qui avait pour effet de réduire la capacité de stockage de carburant de 5 tonnes.

C'est pourquoi après avril 1964 les navires construits le sont suivant un projet modifié. Les Diesel 37D 2 temps sont remplacés par des Diesel 2D42 (puis 2D42M) quatre temps. Ces derniers, produits par l'usine Kolomen, sont des moteurs suralimentés d'une puissance unitaire de 1900 Cv à 500 t/min à refroidissement par eau et contrôlés à distance depuis un pupitre DAU-2D42. Ils sont d'une masse inférieure de 8 tonnes au 37D. Les batteries d'accumulateur 46SU sont remplacées par des batteries 48SM plus performantes. Ces modifications conduisent à un ré-aménagement complet de la 5ème tranche (Diesel) et induisent des modifications dans les autres tranches. La hauteur métacentrique est accrue de 0,24 m. Les nouveaux moteurs, plus silencieux, et leur pupitre de contrôle à distance contribuent à l'amélioration de conditions de travail. Moins gourmands en carburant, ils permettent également un accroissement de la distance franchissable. Ces unités sont le plus souvent décrites comme appartenant au projet 641К.

On prévoit à l'origine de construire 160 unités de 1958 à 1971.

Pour l'OTAN, le projet 641 est identifié comme étant le"Foxtrott".

Service dans la marine soviétique et russe

Deux chantiers de Leningrad vont produite 58 unités pour la marine soviétique. Ce projet est mis en service tout d'abord en flotte du Nord et en flotte du Pacifique, pour rejoindre les flottes de Baltique et de mer Noire plutôt en fin de carrière. Il participe à la phase d'expansion de la marine de l'URSS et on peut l'observer sur quasiment sur toutes les mers et océans du globe, en Méditerranée, en Atlantique, en Océan Indien et au moins une fois même jusqu'en Tasmanie.

Son baptême du feu a lieu lors de la crise des missiles de Cuba. Cette opération met en évidence une certaine fragilité des moteurs Diesel 37D et l'insuffisance des appareils de conditionnement d'air en ambiance chaude. Ce qui n'est pas sans conséquence sur l'endurance du personnel et surtout la mise en oeuvre des matériels électroniques, notamment les transmissions.

L'un d'entre eux, le B-37, est détruit à quai par l'explosion de la charge militaire de torpilles le 11 janvier 1962. C'est ce triste événement qui conduit par la suite les commandants d'autres unités à ne pas hésiter à procéder au noyage de la tranche 1, dès lors qu'un incendie affectait cette tranche.

Si le dernier sous-marin du projet 641 a été rayé de la liste navale en 1999, il n'en reste pas moins qu'à l'étude des données accessibles, le nombre d'unités opérationnelles connaît plusieurs cassures.

En rouge, nombre d'unités inscrites à la liste navale (Parc)

En bleu, sous-marins opérationnels [Dispo] (c à d qui ne sont ni en entretien ni indisponibles ni en réserve)

La première à partir de 1977, la deuxième en 1986. Puis ce nombre connaît une chute plus marquée à partir de 1991, pour devenir nul en 1998. Le maximum d'unités opérationnelles est atteint en 1973 avec 52 unités, quinze ans après l'admission au service actif de la première unité, et n'est plus jamais atteint.

La durée de vie moyenne relevée est légèrement supérieure à 28 ans (pour 30 ans prévus?). Les indisponibilités pour entretien majeur (KR ou SR) semblent avoir eu lieu à une échéance de 8 à 10 ans. Les données sur la durée de vie de la batterie sont trop parcellaires pour être significatives.

NB: comme toute statistique, celle-ci est à prendre avec prudence. Elle ne repose en effet que sur des données accessibles et par nature fort incomplètes. Le but icie st de tenter une approche plus fine de la réalité du nombre d'unités opérationnelles disponibles, nombre à mon sens plus proche de la réalité que le nombre d'unités figurant à la liste navale.

Service à l'étranger

Le projet 641 est le premier projet de sous-marin soviétique à connaître un grand succès à l'export, avec 17 unités vendues, sans compter les deux unités prélevées sur la dotation soviétique et louées puis vendues à la Pologne, et l'unité remise à l'Ukraine.

Marine indienne

Le projet I641 est élaborée n 1965 pour la marine indienne, sous la direction de Z.A.Deribin et J.N.Kormilitsin de Rubin. Ces navires conservent les batteries de type 46SU, avec une capacité d'emport en eau douce accrue. Ils perdent 2 cabines en tranche 4, pour permettre l'installation du système de conditionnement d'air SPKhM-FU-90. Ce dernier est rarement utilisé, compte tenu de son bruit excessif. L'Inde en reçoit 4 unités entre 1967 et 1969, deux d'entre elles étant modernisées en projet I641M au chantier « Dalzavod» entre 1974 et 1981.

Quatre autres unités sont construites par la suite, selon le projet I641K et remises à leur acheteur entre 1973 et 1974, le contrat d'achat étant signé en 1971. Ils présentaient un niveau de bruit réduit et de nouveaux équipements tropicalisés. Les senseurs installés étaient aussi plus modernes, et l'aménagement interne modifié. En tout, 39 équipements étaient modifiés ou installés (cavitomètre, sonars plus performants, silence et ventilation  améliorés ...).

Marine libyenne

Elle a reçu 6 unités du projet I641L (avec des tubes lance-torpilles arrière de 400 mm ?). Elles sont livrées entre 1976 et 1982. Il semble que leur entretien n'ait pas fait l'objet de tous les  soins nécessaires et qu'ils ont été rapidement hors d'état de plonger.

Marine cubaine

La marine cubaine a reçu 3 unités du projet I641K entre 1979 et 1984. On ne dispose que de peu de données sur leur sort.

Marine polonaise

La marine polonaise a reçu deux unités, les ex B-98 et ex B-29 transférées respectivement 1987  et 1988 (désarmées en 2001 et 2003). Ces deux unités ont été prélevées sur le parc soviétique.

Marine ukrainienne

Après de multiples tergiversations, une unité, l'ex B-435, a été livré aux autorités ukrainiennes en 2007. Baptisée U01 Zaporizhzhya, il a été remis en service en 2012. Son statut reste incertain après la "récupération" de la Crimée par l'état russe.

 

Conclusion

Au cours du temps, les équipements et l'armement ont été modernisés. Cependant, cela est  rapidement apparu insuffisant. Le projet 641B Som Tango vise alors à intégrer sur un projet 641 des équipements plus modernes. Mais l'architecture du système de propulsion était par trop dépassé pour que ce successeur remporte le même  succès.

Le projet 641 reste un projet représentatif de son époque. Il a constitué pendant des années le cheval de bataille des sous-marins classiques de la marine soviétique. Son dessin très particulier et facilement identifiable fait de lui le sous-marin soviétique dont on se souvient le plus. Sa  conception de propulsion servira aussi de base au projet 629. Il correspondait si bien aux besoins de la marine  soviétique que cette dernière ne l'utilisera jamais comme plate-forme d'expérimentation, contrairement aux projets 611 et 613.

Dernière mise à jour: 3 janvier 2016

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