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Nom russe ?

Code OTAN Whiskey

Classification soviétique Sous-marin moyen (СПЛ) [SPL]

Classification OTAN: SSK

Version originale (avec artillerie)

Après débarquement de l'artillerie

Copyrights inconnus

 

Ce premier projet de sous-marin soviétique d'après guerre est devenu le programme de construction de sous-marins le plus important au monde (215 unités !!!). Il était inscrit au plan de développement 1946 -1955.

Le projet 613 est en fait un développement du projet 608 de moyen tonnage, élaboré entre 1942 et 1944. Ce dernier était lui-même appelé à succéder au type S Série IX et IXBis (Stalinets). Mais fin 1944, la marine soviétique a pu obtenir les caractéristiques techniques du sous-marin nazi U-250 (type VIIC), relevé après avoir été coulé en juillet 1944 dans le golfe de Finlande. Ce sous-marin étant de la même catégorie que le projet 608, le Commissaire à la Marine, l'amiral N. G. Kuznetsov, décida de surseoir aux travaux du projet 608, jusqu'à ce qu'une étude complémentaire de l'U-250  ait pu être menée. Il n'a ratifié le cahier des charges du projet 613 qu'en janvier 1946. Par rapport au projet 608, le tonnage standard passait à 800 t, il gagnait en vitesse et en distance franchissable. A partir d'avril 1946, la conception a été confiée au TsKB-18 (aujourd'hui SKB Rubin). Le projet technique a été adopté le 15 août 1948 par le gouvernement soviétique. Le grand soin apporté au dessin de la coque permit de gagner un noeud en plongée (13 noeuds au lieu de 12).

L'armement se composait de quatre tubes lance-torpilles de 533 mm à l'avant, et de deux tubes de même diamètre à l'arrière. Le nombre total de torpilles embarquées était de douze, dont six en réserve pour les seuls tubes avants. Les moyens acoustiques incluaient un sonar Tamir 5L , et un ensemble passif Feniks. A l'origine, la plupart des sous-marins furent équipés d'une artillerie comprenant un affût double de 57 mm MS-24 ZIF et d'un affût double de 25 mm 2M-8. Mais tout comme pour le projet 611, on décida de la débarquer, la prise de plongée se révélant le moyen le plus efficace à l'époque pour échapper à une attaque d'avions.

Le sous-marin présentait une structure à double coque. Soudée en un seul bloc, la coque épaisse était renforcée par des couples externes. Elle était divisée en sept tranches.  A la hauteur des batteries, elle était formée de deux cylindres accouplés en forme de 8 vertical, le cylindre inférieur présentant un diamètre plus élevé que le cylindre supérieur.

Les tranches 1, 3 et 7 étaient délimitées par des cloisons concaves, calculées pour résister à une pression de 10 kg/cm². Ces tranches constituaient les tranches refuge. Les autres cloisons étaient calculées pour résister à une pression de 1 kg/cm². L'insubmersibilité était assurée par l'émersion d'une seule tranche et des citernes de ballast adjacentes. Le ballast principal était divisé en dix caisses placées à l'extérieur de la coque épaisse. Deux ballasts soute étaient installés, l'un à l'intérieur et l'autre à l'extérieur de la coque épaisse.

Seuls les orifices inférieurs des groupes de citernes 4 et 5 avaient été équipés de vannes Kingston, pour ne pas compliquer la structure et réduire les coûts. L'air HP était stocké dans 22 bouteilles d'une contenance totale de 900 litres. Elles étaient calculées pour une pression de 250 kg/cm². L'air comprimé était produit par deux compresseurs Diesel. A la construction, les conduits d'air HP étaient fabriqués en acier, avec un revêtement intérieur en cuivre. Mais la corrosion entraîna leur remplacement par des conduits en cuivre rouge. L'huile HP était sous la pression de 100 kg/cm². Les caisses principales des ballasts pouvaient être vidangées par le lancement des Diesel.

La pompe d'épuisement principale 6MVx2 offrait un débit de 180 m3/h sous une pression de 20 bars, et un débit de 125 m3/h à la pression de 125 bars. Des pompes de cale à pistons TP 20 / 250 avaient aussi été installées (débit 20 m3/h à 250 bars). La caisse de flottabilité installée à l'avant à l'origine a été débarquée en même temps que l'artillerie.

Le stabilisateur horizontal de l'arrière était une première en URSS.

La propulsion principale relevait de deux moteurs Diesel deux temps 37 D de 2000 Cv unitaires. A puissance égale, ils présentaient une taille, une masse et un nombre de cylindres plus réduits que les diesels 1D des sous-marins des séries IXBis et XIII d'avant la deuxième guerre mondiale. Ces moteurs se montraient néanmoins très bruyants.

Le schnorchel constituait aussi une nouveauté pour un sous-marin soviétique.

Les mécanismes de ligne d'arbre étaient montés sur des dispositifs amortisseurs.

Les deux moteurs électriques de marche silencieuse PG-103 de 50 Cv entraînaient les lignes d'arbre par le biais d'un accouplement à friction, dans un rapport de 1:3.

La propulsion principale en plongée était assurée par deux moteurs électriques PG-101 de 1350 Cv unitaire. Des manchons d'accouplement pneumatiques permettaient d'accoupler Diesels et moteurs électriques principaux, tout comme l'accouplement de ces moteurs avec les lignes d'arbre. Ils constituaient un progrès indéniable par rapport aux manchons « BAMAG » d'avant guerre.

Les périscopes, le schnorchel, le gouvernail, les barres de plongée et les porte des tubes lance-torpilles étaient à commande hydraulique. Un système d'équilibrage pneumatique silencieux complétait l'équipement.

Le système de conditionnement d'air prévu à l'origine fut supprimé, faute d'un fonctionnement satisfaisant.

C'est le premier sous-marin soviétique à plonger à 200 m.

 

Les sous-marins du projet 613 ont été construits selon la méthode du travail posté, en faisant largement appel aux appareils de soudure automatique.

La première section du sous-marin tête de série, le S-61, fut mise sur cale le 11 avril 1950, au chantier n°444 de Nikolayev. L'essai de mise en pression eût lieu le 26 juin 1950, et le sous-marin fut lancé le 22 juillet 1950, à 70 % d'achèvement. Le 6 novembre 1950, à la sortie du dock, le bâtiment chavire et les tranches 2, 6 et 7 sont inondées. Ce chavirage résultait du non respect des consignes imposant un remplissage des ballasts soute pour maintenir la stabilité, et la fermeture des panneaux. La construction a pris du retard, et les essais n'ont pu commencer que le 12 janvier 1951. Le 5 mai 1951, le sous-marins est transféré à la base navale de Sebastopol. Les essais à grande profondeur sont effectués le 14 juillet 1951 et les essais officiels du 17 octobre 1951 au 24 mai 1952. Le chantier n°444 construira 72 sous-marins de ce projet jusqu'en 1957.

Le chantier n° 112 à Gorky mit sur cale son premier sous-marin du projet 613, le S-80 (n° de chantier 801) le 13 mars 1950. Ce sous-marin est mis à l'eau le 21 octobre 1950, à 70% d'achèvement. Le 1er novembre 1950, le S-80 arrive à Baku, où il est achevé du 31 décembre 1950 au 26 avril 1951. Le 9 juin 1951, il effectue les plongées à grande profondeur, et le 2 décembre 1951, il est admis au service actif. Jusqu'en 1956, le chantier n°112 construira 113 sous-marins.

De leur côté, le chantier n°189 de Leningrad en a construits 19 entre 1953 et 1958 et le chantier n°199 de Komsomolsk Na Amure 11 entre 1954 et 1957.

Les essais des S-61 et S-80 ont mis en évidence les défauts suivants:

- pour les circuits hydrauliques, pollution par de l'eau, coups de béliers, condensation mal contrée, filtres inadaptés, fonctionnement imparfait des clapets

- fragilité des ensembles mobiles

- température élevée des paliers et manchons de lignes d'arbre, niveau de vibration élevé, pannes des bouteilles d'air des commandes des manchons et difficulté de leur remplacement

En 1954, les essais d'un des sous-marins montrèrent qu'après une courte période de fonctionnement des Diesels, et après la prise de plongée, des explosions pouvaient se produire dans les tubes d'échappement. Il fallut installer des sectionnements appropriés.

L'intercepteur radar « NAKAT » n'étant pas disponible au moment de la livraison de la majorité des sous-marins du projet, il fut installé par la suite.

En 1956, une décision du Conseil des Ministre de l'URSS a ordonné le débarquement de toute l'artillerie. La vitesse et la distance franchissable en plongée s'en trouvèrent accrues. Quelques équipements électroniques furent remplacés en cours d'exploitation.

 

Il avait été prévu de construire 340 (350?) sous-marins de ce projet. Mais la construction s'arrêta à la 215 ème unité [J'ai trouvé aussi le chiffre de 222 unités construites en URSS, mais je n'ai pu en tracer que 215, probablement parce que le chiffre de 222 intègre les composants de ceux montés ensuite en Chine]. C'est la plus grande série de sous-marins construits en Union Soviétique, et l'époque ces sous-marins formaient l'épine dorsale des forces sous-marines de cette puissance. Quatre chantiers furent mis à contribution, entre 1952 et 1957. Certains sous-marins ont été construits en moins de huit mois. 157 ont été livrés dans le cadre du plan 1945 - 1955, les autres dans le plan suivant. Le dernier, le S-365, est mis en service le 30 juin 1958. Le dernier a été rayé en juillet 1994.

La répartition entre les chantiers de construction est la suivante, année par année

 

Année

Chantier  n°112

Gorky

Chantier n°444

Nikolayev

Chantier n° 189

Leningrad

Chantier n°199

Komsomolsk/Amur

Total

1951

1

 

 

 

1

1952

4

5

 

 

9

1953

16

11

3

 

30

1954

29

14

 

1

44

1955

37

18

8

4

67

1956

26

15

4

4

49

1957

 

9

3

2

14

1958

 

 

1

 

1

Total

113

72

19

11

215

Des changements furent introduits au cours de la construction des sous-marins. L'artillerie était notamment installée soit sur l'avant du massif, soit sur le kiosque. Sur les 10 premiers sous-marins de la série, on installa des portes de tubes lance torpilles «LEBEDEV». Ces portes s'ouvraient plus largement, tout en exerçant une pression moindre sur les structures. Mais des problèmes de déformation ont conduit à leur remplacement par des portes classiques à partir de la 6ème unité. Ce qui a permis par contre d'embarquer plus de mines.

Malgré ces quelques insuffisances, d'ailleurs rapidement réglées, les sous-marins du projet 613 se sont montrés sûrs et ils ont été appréciés par les sous-mariniers soviétiques. Et malgré leur faible niveau d'équipement, ils ont été parmi les sous-marins les plus silencieux.

Le projet 613 a été le premier sous-marin de conception et réalisation soviétique à connaître un succès à l'exportation. En 1954, le gouvernement soviétique a fait remettre à la Chine Populaire les plans et la documentation technique concernant ce projet. Selon les conditions de l'accord signé entre les deux parties, les 3 (4?) premiers sous-marins devaient être construits en URSS. Transportés en Chine, regroupés aux chantiers « DZIA NAN », ils ont effectué leurs essais à Port Arthur en 1957. Tous les autres sous-marins ont été construits en Chine, mais pour cela l'URSS fournissait l'acier, les équipements électriques, les mécanismes et l'armement. Après les essais réussis des 3 (4?) premiers sous-marins, la construction des sous-marins de ce projet au chantier naval UKHAN à Hanko fut lancée. Le premier sous-marin construit dans ce chantier effectua ses essais à Port Arthur entre novembre 1958 et janvier 1959. Quinze autres les ont suivis.

 

Ces sous-marins ont aussi été exportés dans d'autres pays :

On notera tout de même que ces sous-marins exportés, hormis les ceux construits en Chine, ont tous été prélevés sur les effectifs de la marine soviétique.

Deux d'entre eux furent employés par le Ministère des Pêches de l'URSS pour des études océanographiques et pélagiques. Ils ont été renommés «SEVERYANKA» et «SLAVYANKA».

Deux ont disparu :

    - le S-78, en 1981, dans le Pacifique, dans le détroit « Bosfor Vostochniy », après une collision avec le cargo « Refrizherator-13 ».

   - le S-80, modifié en projet 644 (voir ce projet pour les détails).

Sans oublier l'ineffable Whiskey on the rocks, le S-363 échoué le 27 octobre 1981 sur un rocher en Suède.

Le projet 613 a servi par la suite de base au projet 633 (ROMEO). Il a aussi connu de nombreuses modifications. Mais une seule a conduit à améliorer l'exécution des missions prévues au départ. La modification en projet 613V a en effet consisté à porter l'autonomie de 27 à 45 jours. Les versions export ont été déclinées en projet 613E ou 613I, selon les sources. Les multiples autres modifications, qui sont listées dans l'onglet « Évolutions », feront l'objet de monographies particulières, puisqu'elles ont modifié les missions originelles.

Les mises en service ont connu un rythme sans précédent

Mais cette production va rapidement dépasser les capacités de la marine soviétique à les mettre tous en oeuvre. Le taux de mise en ligne (sous-marins hors réserve) ne s'élève qu'à 87%.

Le rythme des entretiens, pour les seules unités dont le cycle complet est connu à ce jour (moins d'une dizaine) donne 10,6 ans pour la première SR, 6,3 pour la seconde et 9,65 pour la dernière. Si le S-74 va rester inscrit 38,8 années à la liste navale, le S-365 n'y restera que 5,5 ans. Et le S-45 sera placé en réserve dès le 29 novembre 1958.

 

Nota: de multiples évolutions ont eu lieu au cours de la construction. Lorsqu'elles sont connues, elles sont répertoriées  dans la liste des unités.

Dernière mise à jour: 12 juillet 2014

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