Nom russe: Navaga-M [Навага-М]

Code OTAN: Yankee II

Classification soviétique Croiseur sous-marin lance-missiles [RPK]

Classification OTAN SSBN

Copyright inconnu

 

Quoique tous les sous-marins de construction soviétique de première génération fassent appel exclusivement à des missiles à propergols liquides (du fait du niveau atteint par les constructeurs de missiles soviétiques), la Marine et les constructeurs spécialisés connaissaient parfaitement les limitations d'emploi de tels missiles. Ils présentaient une très grande toxicité, et de grands risques d'explosion et d'incendie. Leur emploi imposait avant un lancement en immersion un embarquement d'une grande quantité d'eau dans des ballasts circulaires, alimentés par un réseau complexe de collecteurs et de pompes. Ce pompage important au moment de la préparation du lancement accroissait le niveau de bruit, démasquant ainsi le sous-marin. Ces défauts n'existaient pas dans une installation avec des missiles à propergols solides. C'est pourquoi, en parallèle avec la mise au point de missiles à propergols liquides, à la fin des années 50 débutèrent en URSS des travaux sur les premiers missiles à ergols solides pour leur installation sur des sous-marins.

Conformément à la décision gouvernementale en date du 9 septembre 1958, le Bureau d'études « Arsenal » de Leningrad débuta les travaux d'étude du système d'armes missile D-6 avec des missiles à ergols solides, destiné à de futurs sous-marins lance-missiles. Les travaux furent entamés selon deux axes parallèles: la mise au point d'un propulseur balistique à poudre, ainsi qu'à plus lointaine échéance la mise au point d'un ergol mixte. L'insuffisance d'une première variante provenait de l'emploi d'un énorme ensemble de 4 propulseurs qui impliquait une croissance excessive de la taille du missile. La mise au point d'un ergol mixte se heurta à un grand nombre de difficultés scientifiques, techniques et technologiques qui dans les années 50 – 60 étaient au dessus des capacités de l'industrie soviétique. Une série d'autres difficultés d'organisation s'y ajoutèrent. Une décision gouvernementale du 4 avril 1961 arrêta les travaux sur le système d'armes D-6.

Dans le même temps, ces autorités chargèrent l'OKB V.P. Makeyev des travaux sur le nouveau système d'armes embarqué D-7, avec missiles RT-15M (4K22), avec l'idée d'en équiper le nouveau projet 667. Tous les travaux préliminaires et la documentation du bureau d'études Arsenal sur le système d'armes D-6 furent ainsi remis au SKB-385.

Le missile RT-15M devait présenter une masse de 50 t au lancement (plus de trois fois la masse du missile balistique US Polaris A-1), et une portée de 2400 km. Les travaux sur le système d'armes D-7 furent menés jusqu'au stade des essais de lancement, mais en 1962, quand vint l'ordre d'accroître la dotation en missiles des sous-marins (et de fait réduire la taille des missiles), l'intérêt pour un tel programme se réduisit peu à peu. En 1964, le programme fût totalement arrêté, au prétexte qu'il ne répondait pas aux nouveaux besoins.

Mais le bureau d'études Arsenal avait poursuivi ses travaux sur les missiles stratégiques terrestres, aboutissant à la mise en service opérationnelle en 1972 du missile balistique de moyenne portée 8K98P. L'expérience acquise pour la mise au point d'un propulseur à poudre poussa Arsenal à s'intéresser à la modernisation des sous-marins du projet 667 avec des missiles à ergols solides pouvant être stockés dans les silos conçus pour le missile R-27. Pour cela, la portée du missile devait atteindre 1,5 fois la portée de son prédécesseur, s'approchant ainsi du nouveau missile US Poseidon C-3.

La proposition du bureau de Leningrad fut approuvée. Au début des années 70, parallèlement aux travaux du bureau KBM sur la modernisation du missile à ergols liquides R-27U, Arsenal reçut pour mission de préparer le système d'armes D-11, avec le missile R-31 (3M17 / RSM-45, connu à l'ouest sous le nom de SS-N-17). Ce nouveau missile présentait une masse de 26,84 t au lancement, et une portée de 4200 km. Il était prévu de l'équiper aussi bien d'une seule tête tout comme de plusieurs têtes indépendantes. Néanmoins, il fût seulement doté d'une seule tête de 500 kT.

Le projet de sous-marin équipé du système d'armes D-11 fut nommé 667AM  (Navaga-M). Il fut élaboré au LPMB Rubin, sous la direction du constructeur principal O.Ya. Margolin et de son adjoint E.A. Gorigledzhan. On ne put installer à bord que 12 de ces nouveaux missiles, du fait de l'accroissement de leur masse. En apparence, la modification du navire ne se distinguait des sous-marins du projet 667A que par la partie arrière qui présentait une longueur inférieure, mais une plus grande hauteur. Le déplacement connut aussi un léger accroissement.

Le lancement du missile s'effectuait à l'aide d'un propulseur à poudre depuis une profondeur allant jusqu'à 50 m, sans embarquement préalable d'eau, ce qui renforçait la discrétion du sous-marin. Le lancement était possible jusqu'à une mer de force 5. L'ensemble des 12 missiles pouvait être lancé en une seule salve en une minute. La préparation nécessitait 3,5 minutes.

Pour la réalisation du projet 667AM, on choisit le K-140, deuxième sous-marin du projet 667A. Les travaux de modernisation furent entrepris en 1973 au chantier d'entretien Zvezdochka. Le premier tir de R-31 à partir du K-140 eût lieu le 26 décembre 1976, depuis la mer Blanche. Pour les essais on effectua deux tirs à la portée maximale (supérieure à 4000 km). Pour ce faire, le sous-marin se plaça à l'extrémité nord de la Nouvelle Zemble, et depuis le 77ème parallèle nord lança en direction du polygone Kura au Kamchatka.

Selon les conclusions du commandant de la flotte du Nord en date du 14 septembre 1979, le système d'armes D-11 présentait les caractéristiques suivantes: « Les essais de tir ont montré de bonnes qualités de mise en oeuvre, un tir rapide avec un délai de préparation court, un emploi sans risque et une simplicité de mise en oeuvre. L'admission [en service actif] du système d'armes permet d'accroître les capacités militaires des sous-marins lance-missiles stratégiques du projet 667A. Il permet aussi de renforcer les connaissances sur l'exploitation de ces missiles à ergols solides, en vue de leur installation sur des projets à venir." En somme « l'accumulation de connaissances » se résuma à la modernisation unique du K-140, qui ne fut pas le prototype de la modernisation des autres sous-marins du projet. Le système d'armes D-11 fut admis en service opérationnel expérimental en 1979, service qui se prolongea 10 ans. Le système d'armées D-11 avec 12 missiles R-31 était complété d'un système de combat tactique Almaz-AM et d'une centrale de navigation Tobol-M. L'équipage était de 120 personnes.

En tout 36 missiles furent construits, dont 20 furent utilisés pour les essais et les tirs. Au milieu de l'année 1990, le ministère de la Défense ordonna que tous les missiles de ce type, embarqués ou en dépôts, soient lancés. Les tirs se déroulèrent du 17 septembre au 1er décembre 1990. Tous furent réussis, montrant ainsi que les grands espoirs placés dans ce système étaient fondés.

Le 17 décembre 1990, le K-140 se dirigea vers Severodvinsk pour y être démantelé.

Entre 1969 et 1971, le TsKB Volna, sous la direction de S.M. Vavilin, avait élaboré un projet de nouveau sous-marin nucléaire emportant 16 missiles R-31. Mais ce projet ne fut pas développé: au début des années 70, la marine, malgré l'évident intérêt présenté par les missiles à ergols solides, donna la priorité à des sous-marins nucléaires équipés de missiles intercontinentaux à ergols liquides plus puissants et d'une plus grande portée.

PS: Le Navaga est un poisson de la famille des morues

Dernière mise à jour: 6 janvier 2011

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