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Nom russe MURENA (Мурена) [Murène]

Code OTAN DELTA (puis DELTA I)

Classifications soviétiques

Croiseur nucléaire sous-marin lance-missiles stratégique (РПКСН) [RPKSN]

puis croiseur nucléaire sous-marin lance-missiles (АПКР) [APKR ]

puis croiseur nucléaire sous-marin lance-missiles stratégique (РПКСН) [RPKSN]

Classification OTAN SSBN

Surnom: Bukachka ou Bukakha [Букашкa ou Букаха] ou Buki [Буки]

Copyright inconnu

 

Origine du projet

Le plan de construction navale militaire pour la période 1969 - 1980 prévoyait la mise sur pied d'un système stratégique composé de sous-marins lanceurs de missiles à grande portée, pour compléter le système stratégique terrestre qui constituait à l'époque l'épine dorsale de l'arsenal de l'URSS. Dans ce cadre, on décida de construire de nouveaux sous-marins nucléaires lance-missiles, développement des sous-marins nucléaires de deuxième génération du projet 667.

La marine éprouvait des difficultés croissantes à assurer la protection des sous-marins lance-missiles, face aux forces ASM des États-Unis. Avec leurs alliés de l'OTAN, il leur était de plus en plus aisé de détecter les sous-marins stratégiques soviétiques. Et, partant, de les détruire dès le début d'un éventuel conflit. C'est pourquoi le Commandant en Chef de la marine réclamait avec insistance que la portée des missiles soit accrue, afin de rapprocher les zones de patrouille du territoire de l'Union.

 

Conception

Cette tâche échut finalement au SKB-385 MAKEYEV pour le système d'armes D-9. Élaboré à partir de 1963, il a été officiellement lancé le 28 septembre 1964. Le missile R-29 (4K75 RSM-40 SS-N-8 mod.1) devait apporter une portée trois fois supérieure au missile R-27. Mais les centrales inertielles présentaient à l'époque une dérive importante, et ne permettaient pas d'obtenir une précision suffisante. C'est pourquoi le SKB-385, avec les bureaux d'étude NIIA, NIIAP et le NPO Geofisik décida d'installer à bord du missile un appareil de correction stellaire, permettant de fixer avec précision le cap à suivre. Cette innovation permit de réduire par un facteur 6 le temps de préparation du missile avant le tir, et autoriser le lancement de l'ensemble de la dotation en une seule salve.

Le missile R-29 faisait appel aux mêmes principes techniques que le missile R-27 (propergols liquides, encapsulage ...). Mais plusieurs améliorations ont été apportées. Le moteur du deuxième étage était noyé dans le réservoir d'oxydant du premier étage, les données étaient numérisées. La portée maximale était de 9100 km avec un Écart Circulaire Probable (ECP) de 1500 m. C'était le premier missile à embarquer des leurres, stockés dans un conteneur cylindrique intégré au réservoir de carburant du deuxième étage. D'une longueur de 13,435 m, d'un diamètre de 1,8 m, le missile présentait une masse de 33,3 t au lancement. Il emportait une unique charge mégatonnique d'une masse de 1,1 t. Il fut construit par l'Usine de Constructions Mécaniques de Krasnoyarsk, avec la collaboration d'autres entreprises de Sibérie. Cette production donna lieu à de sérieuses difficultés, du fait du saut technologique qu'elle nécessitait. Le système D-9 ne sera finalement opérationnel que le 12 mars 1974, bien après l'admission au service actif du premier sous-marin du projet 667B.

On a vu que l'accroissement de l'efficacité militaire se traduisait par une augmentation de la longueur du missile (+40%), de son diamètre (+20%) et à un doublement de sa masse par rapport au missile R-27. Pour le loger sur le sous-marin, il a fallu réduire le nombre de tubes à 12.

Le projet technique du sous-marin fut adopté en 1965 sous le numéro 667B, et l'appellation Murena. La conception finale en était confiée au TsKB Rubin, sous la direction de S.N. Kovalev.

La structure des Murena reprenait dans les grandes lignes la structure des Navaga [Projet 667A Yankee]. Avec une double coque, il présentait cette bosse dorsale caractéristique due à la taille des missiles et la position plus élevée des tubes dans la coque épaisse. Cette dernière était divisée en 10 compartiments étanches. L'installation énergétique principale présentait une puissance de 52 000 Cv. Elle se composait de deux réacteurs à eau pressurisée VM-4B, et de deux groupes turbo-réducteurs GTZA-635. Le rechargement des réacteurs était prévu à une échéance de 5 ans et demi. Deux diesels générateurs DG-460 assuraient la génération électrique de secours, et deux moteurs électriques (260 kW unitaire) la propulsion en cas de souci avec les turbines à vapeur. La discrétion acoustique était obtenue par le biais d'amortisseurs installés sous les ensembles mécaniques.

La navigation reposait sur un nouvel ensemble appelé Tobol-B, faisant appel aux données du système de navigation par satellites Tsiklon-B. Ses données numérisées étaient utilisées pour la préparation et le tir des missiles.

Les moyens de communication, jusqu'alors composés d'une juxtaposition de moyens divers, furent regroupés en un ensemble intégré unique qui incluait un système automatique de télécommunications par satellite. Une antenne remorquée permettait de recevoir les messages radio, les signaux de navigation par satellite et les ordres de tir, lorsque le sous-marin était en plongée.

Comme pour le projet 667A, c'est l'ensemble acoustique Kerch qui a été retenu.

Les tubes lance-torpilles étaient tous placés à l'avant. Le sous-marin disposait de quatre tubes de 533 mm, avec un total de 16 torpilles, et de deux tubes de 400-mm notamment pour les leurres acoustiques MG-44. Ils étaient dotés d'un système de rechargement rapide.

A côté d'un système de combat tactique Almaz-B, le sous-marin a inauguré en URSS l'emploi d'un calculateur numérique [Alfa] embarqué pour la gestion et le tir des missiles.

Pour la première fois dans le monde, le sous-marin du projet 667B était équipé d'un système de contrôle gouvernemental de lancement, interdisant tout tir non expressément autorisé par les plus hautes autorités de l'État.

Le tir de missile pouvait s'effectuer jusqu'à une profondeur de 55 m, le sous-marin pouvant se déplacer à une vitesse de 5 noeuds. Le lancement était possible jusqu'à mer 6, soit missile par missile, soit en une seule salve, à raison d'un missile toutes les sept secondes. Le tir était possible en surface comme en plongée, le sous-marin étant à quai à son port base. Cette dernière possibilité découlait de la portée intercontinentale de l'engin.

La préparation au tir et le tir lui-même s'effectuaient en régime automatique. Le système D-9 permettait de lancer à toutes les latitudes, s'affranchissant de la limite de la latitude 85° du système D-5. Le missile R-29 ayant une portée de 9100 km, il n'était plus nécessaire d'avoir à affronter les forces ASM de l'adversaire probable.

 

Construction et essai

La construction des sous-marins s'est effectuée sur deux sites, pour un total de 18 unités. Dix ont été construits aux chantiers Sevmash de Severodvinsk, et huit au Chantiers Leninskiy Komsomol de Komsomolsk Na Amure.

 

Anecdotes

Les sous-marins du projet 667B ont pu, grâce à la portée de leurs missiles, effectuer leurs patrouilles sans avoir à franchir les barrières SOSUS à l'ouest, ou à s'approcher du territoire des États-Unis à l'est. Il s'agissait là d'un apport considérable à la composante maritime de la triade stratégique nucléaire soviétique.

A l'ouest, la « petite bête [Bukachka] » a reçu la dénomination de DELTA , puis de DELTA-1, lorsque ses successeurs ont fait leur apparition. En 1978, ils commencèrent à recevoir un nouveau missile, le R-29D avec une seule tête de 800 kt et un ECP de 1000 m.

 

1 - Service en flotte du Nord

Le premier sous-marin du projet 667B, le K-279, fût admis au service actif en 1972 au sein de la diviziya des sous-marins stratégiques de la Flotte du Nord, basée dans la baie de Yagelnaya. Il faut remarquer que son commandant, le capitaine de vaisseau V.P. FROLOV fut rapidement nommé contre-amiral, tout en conservant son commandement.

La même année, le K-279 rejoignait la 41ème diviziya de sous-marins, rassemblant uniquement des navires du projet 667B. Cette unité sera rattachée à la 11ème flottille de sous-marins de flotte du Nord, et transférée à Gremikha en 1974, probablement après l'acceptation officielle du système d'armes D-9.

La zone de patrouille des sous-marins du projet 667B de la flotte du Nord se situait habituellement entre le Groenland et la Nouvelle-Zemble, zone qui pouvait aisément être protégée par les forces navales de flotte du Nord. Le transit du port base à la zone de patrouille ne nécessitait que deux à trois jours.

En juin 1974, un des sous-marins du projet, affecté en flotte du Nord, a effectué depuis son port base le lancement de trois missiles balistiques R-29 en surface à quai. L'opération est connue sous le nom de Poriv 1919 [Порыв 1919]. [http://www.sgan2009.ru/Lodka%201/Poryw1919.html ]

 

2 - Service en flotte du Pacifique

En flotte du Pacifique, les sous-marins nucléaires du projet 667B ont fait partie de la 25ème diviziya stratégique de sous-marins, basée au Kamchatka. À la fin des années 70, une partie des sous-marins a été transférée à la base de Pavlovskovo, région du Primorski Krai. En flotte du Pacifique, les sous-marins du projet 667B ont commencé leurs patrouilles à partir de 1976, dans des zones situées à proximité directe du Kamchatka.

 

3- Le retrait du service

Le retrait du service a commencé graduellement à partir de 1994. Fin 1995, seuls quatre d'entre eux étaient encore en ligne, les K-447 et K-457 en flotte du Nord, et en flotte du Pacifique les K-500 et K-530. Le dernier, le K-447 effectue sa dernière sortie à la mer en 2002  et est désarmé en 2004. Il est probable qu'il ait été conservé jusqu'à l'échéance de renouvellement du coeur de ses réacteurs, pour servir à l'entraînement des équipages de flotte du Nord.

 

4- Des 667B cargos ?

La vie de ces sous-marins semblait s'être définitivement arrêtée. Mais une séance du Conseil de Sécurité russe tenu à la fin de l'année 1999 a approuvé la transformation de certains d'entre eux en cargos sous-marin pour la zone de l'Arctique, et la Route Maritime du Nord. Cette route, prévue pour le transport de marchandises sèches et liquides, n'était ouverte que sur quelques tronçons.

Fin novembre 1999, le Centre russe de la construction de sous-marins nucléaires (GRTsAPS) et l'entreprise « Le nickel de Norilsk » ont signé un accord pour la transformation de sous-marins nucléaires en attente de démantèlement à Severodvinsk en sous-marins de transport.

Un autre accord fut signé entre le GRTsAPS et le TsKB «RUBIN», prévoyant la transformation de ces sous-marins ainsi que la construction de nouveaux sous-marins de transport.

En premier lieu, on envisagea de transformer les sous-marins des projets 667B et 667BD pour lesquels les tranches missile étaient remplacées par un volume de chargement de plus de 1000 m3. Par des aménagements particuliers, on pouvait transporter jusqu'à 2000 t de charge.

Ces projets auraient permis de retarder de 10 à 15 ans le retrait du service de ces sous-marins, tout en gagnant de l'argent. Ils auraient aussi permis une exploitation plus aisée des champs pétro-gaziers du plateau continental de l'Arctique et de la route maritime du nord, la rendant ainsi moins sensible aux intempéries.

Mais pour diverses raisons, ces projets, quelque peu utopiques, n'ont jamais vu le jour.

 

5- Evolution du parc

Il s'agit là de l'évolution du nombre de sous-marins en parc, les données étant trop fragmentaires pour prendre en compte les durées d'IPER / refonte.

Dernière mise à jour: 25 septembre 2015

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